20 janvier 2009

Un message du Service Clients ;-)

Dear World:

We, the United States of America, your top quality supplier of ideals of democracy, would like to apologize for our 2001-2008 interruption in service. 

The technical fault that led to this eight-year service outage has been located, and the software responsible was replaced November 4. Early tests of the newly installed program indicate that we are now operating correctly, and we expect it to be fully functional on January 20. 

We apologize for any inconvenience caused by the outage. We look forward to resuming full service and hope to improve in years to come. We thank you for your patience and understanding,


Sincerely,
THE UNITED STATES OF AMERICA

18 janvier 2009

Gérard DEPARDIEU se livre un peu plus que d'habitude...

Propos recueillis par Carlos GOMEZ et Danielle ATTALI pour Le Journal du Dimanche 
Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, Gérard Depardieu livre longuement ses états d'âme. Sur le cinéma, sur la vie, sur la mort, dont celle de son fils Guillaume, le plus célèbre acteur du cinéma français se dévoile sans fard et sans concession. "J'ai toujours voulu être dans un autre temps que celui dans lequel je vis", affirme-t-il notamment.
J'étais en Australie pendant quinze jours. C'était simple, je voyage sans bagages. Sans vêtements. Là, je vis à Paris. Enfin, je restaure un hôtel que j'avais depuis longtemps, rue du Cherche-Midi. Je suis en pleins travaux. Je pense y construire sept suites magnifiques. J'habite dans la peinture. Je ne sais pas ce qui passera après. Je ne sais pas ce que je ferai.

Pourquoi? Vous avez envie de partir?
Je voudrais ne pas avoir d'adresse en France, mais une adresse en Italie parce que j'aime beaucoup ce pays. Comme ça, je reviendrais tranquillement à Paris quand j'en aurais envie.

Quitter la France, donc?
Oh! C'est un désir. Pas pour fuir les impôts. En Italie, tu paies aussi des impôts. Je n'irais pas en Suisse, par exemple. Je ne fuis pas un régime fiscal.

Vous êtes devenu un homme d'affaires, vous avez acheté des vignobles...
Il n'y a pas que les vignobles. Ce que j'aime, ce sont les bons produits fermiers et la cuisine. Je m'aperçois que les gens font de moins en moins la cuisine. Ils ne font que des plats standards ou surgelés. Un jour, j'ai regardé les études de la société Carrefour avec qui je travaille depuis cinq ans. C'est hallucinant. Les gens ne vivent plus chez eux! A midi, ils vont au restaurant en ville ou dans leur entreprise. Et le soir, ils mangent sur le pouce.

Les Ch'tis, "une jolie chose"

Et vous, le soir, vous allez au restaurant, dans le vôtre?
Non, j'ai plusieurs adresses à Paris où je peux faire la cuisine et faire à manger avec ceux avec qui je converse... Le restaurant? Oui, La Fontaine Gaillon marche très bien. Pour les films, c'est plus difficile.

Ça devrait être le contraire...
C'est difficile parce qu'il faut faire la promotion. Avec quatorze films qui sortent en moyenne chaque semaine, comment font les gens? Il faudrait aller au cinéma deux fois par jour! Moi, j'ai vu Caos Calmo avec Nanni Moretti et Il Divo. Ce sont les deux seuls longs-métrages qui m'ont rappelé ce que pouvait être le cinéma. Parce qu'Australia, par exemple, c'est ni fait ni à faire!

Vous avez vu les Ch'tis?
Oui, c'est une jolie chose, mais le résultat est disproportionné.

Au cinéma, de quoi avez-vous envie?
Ce que j'aime, ce sont les histoires. Mais pas toute cette profusion. C'est pareil pour la musique, l'art ou la littérature, avec ses sept cents romans de rentrée! Qui peut lire sept cents romans? Il y a une déperdition totale. On est dans un monde où on perd le langage, où on perd les mots. Par exemple, le rap a tué la poésie. On perd les envies. C'est pareil pour le cinéma. Pour ces raisons, je suis très attaché aux produits de la terre, à une betterave, à un poireau, à une vache... Même si, aujourd'hui, on ne peut plus trouver de la viande avec du gras. Le boucher me dit: "Mais Gérard, les clients n'en veulent plus !" Ils sont cons. Le gras donne du goût, mais tu n'es pas obligé de le manger...

Après la projection de Diamant 13, vous avez appelé Gilles Béat. Vous étiez content? Vous avez du plaisir à voir vos films?
J'ai très peu de plaisir à voir des films, y compris les miens. Mais, oui, pour Diamant 13, j'étais content. C'est un vrai polar, un vrai film noir, j'aimais qu'on ne sache pas où ça se passe. Ils ont mis des ordures partout, des voitures de police différentes, les gens y sont même un peu théâtraux ou caricaturaux. Il y a une atmosphère dans cette recomposition d'un monde violent, car la vraie violence, on ne peut pas la montrer. Comme dans la bande de Gaza, et les attaques israéliennes qui sont complètement disproportionnées! Les gens sont perdus; moi-même, je renonce à penser quoi que ce soit de ce qui s'y passe parce qu'on ne sait plus où est la réalité du conflit... J'ai tourné en Israël récemment. Ce n'est certainement pas un étranger qui passe trois mois dans ce pays qui peut donner son avis. Mais comme par hasard, tout cela arrive avant l'arrivée au pouvoir d'Obama, et Bush qui ne dit rien. C'est tellement lamentable.

"Les types qui donnent de l'argent sont des cons"

Barack Obama justement?
Bien sûr, je trouve que c'est un garçon merveilleux. Je suis comme tous les gens qui rêvent et qui aiment. Il a beaucoup de charisme. Le monde attend beaucoup de lui. L'élan d'amour que ça génère est rassurant. Mais la politique, ce n'est pas mon métier.

Etre acteur vous fait-il toujours rêver?
Je n'ai jamais rêvé avec le cinéma. J'ai toujours rêvé avec la vie et les personnages, mais jamais avec le résultat. Je rêvais quand je marchais dans la nuit, que je voyais les lumières s'éteindre, quand j'imaginais la vie, quand j'étais tout petit. On ne m'a jamais rien appris puisque je ne suis pas allé à l'école. Mais la vie m'a tout appris, tout donné, la peur, les gens, la surprise, l'amour, le sentiment.

Et vos personnages, vous les avez tous aimés?
Je n'ai pas de regrets. Tout ce que j'ai fait, même ce que les gens appellent des merdes, je ne trouve pas que c'est forcément des merdes. Toutes proportions gardées, il y a plus de merdes maintenant.

Allez-vous beaucoup au cinéma?
Je préfère encore aller en usine qu'au cinéma tous les jours. Quand j'étais jeune et imprimeur, derrière ma machine, je me faisais un cinéma différent de ce que vous êtes obligés d'encaisser avec des films. C'est des pollueurs d'âmes. Avant, mon principal centre d'intérêt, c'était le cinéma et les histoires. Favoriser des gens, avoir l'énergie pour faire en deux ans Monte-Cristo - qui vaut ce que ça vaut -, Les Misérables, Balzac, plus Volpone, Ruy Blas, Racine... c'est quand même des sacrés courants d'air! Faut convaincre, faut monter tout ça, j'y ai passé beaucoup de temps.

Qu'est-ce qui a changé?
Je le fais ailleurs. Je n'ai plus le même langage. Ce sont les télévisions qui permettent à un film de se faire. Je ne suis pas sûr qu'un type comme Bunuel ou Blier, avec Les Valseuses, pourrait trouver de l'argent dans le système de production actuel. Les types qui donnent de l'argent sont des cons. Or, si c'est un con qui te donne de l'argent, ton film sera forcément con. Dans les deux cents films français qui sont financés par Canal+, qui sont les gens qui décident? Demandez-leur leurs critères.

"La mort te donne un autre visage"

Mais il y a de plus en plus de films...
Et ça tue la création! On assiste à un amalgame de choses qui nous endorment. Si tu ne fermes pas le bouton, si tu ne t'intéresses pas aux poireaux, à la terre, à cause de l'autre con de Monsanto et ses putains d'OGM... Moi, je me tourne vers ça parce que ça m'intéresse. Avec les paysans, je retrouve un langage qui me plaît, que je n'ai jamais quitté de ma vie.

Vous avez développé une fibre écologique?
J'ai toujours été comme ça. Que ce soit pour la terre ou les films. Il y a trente ans, Les Cahiers du cinéma étaient étonnés que je fasse Resnais, Duras et Zidi. Mais Claude Berri a commencé à gagner de l'argent avec Les Charlots, et ça n'empêche pas qu'il soit un grand collectionneur d'art contemporain!

Avec Claude Berri, vous avez fait de grands films...
Il était aussi impatient que moi. Il était exigeant aussi. J'ai vu Claude Berri sur son lit de mort, cette semaine. Il était calme, contrairement à sa vie qui était un tourment. Son visage était reposé et délivré de ses soucis. Le visage de Guillaume, à la morgue, lui, était encore très dans son monde, crispé, torturé. Celui de Jean Carmet était très soucieux, celui de ma mère très calme, de Pialat serein et fort. Yves Montand qui était grand, bizarrement, est devenu tout petit. La mort te donne un autre visage. Guillaume, lui, n'en avait pas changé. Il était comme ses mots, comme sa poésie. C'était un vrai poète et il est mort comme un poète, en sachant tout ça.

La vague d'émotion qu'a soulevée sa mort...
(Il coupe) Il y a de quoi! C'est toujours frappant de mourir jeune, c'est tout.

"Je n'ai pas d'amis"

Et vos amis, vous...
Je n'ai pas d'amis. Il y a plein de gens autour de moi, mais je n'ai pas véritablement d'amis. Je ne pense pas être l'ami des autres non plus. Il y a longtemps, dans ce métier, il y avait des valeurs, des amitiés. Après, il y a eu l'argent, il y a eu Madoff...

Vous avez été affecté par la crise?
Non. Moi, je ne fais pas ce genre d'investissements.

Vous venez de fêter vos 60 ans.
J'ai horreur des anniversaires. Je ne sais pas ce qu'est le temps. Je sais que les gens meurent vers 74 ans, qu'après il y a un autre cap, vers 78 ans, et quand tu passes les 80, tu peux vivre jusqu'à 87-88.

Vieillir, ça vous inquiète?
Pas du tout. J'ai toujours voulu être dans un autre temps que celui dans lequel je vis. Ça ne m'embête pas.

Et votre coeur qui a subi un quintuple pontage, comment va-t-il?
Impeccable. Chaque pontage a été très bien fait. J'ai refait des exercices, J'ai eu un tout petit moment difficile parce que j'ai eu un truc qui s'est bouché. Finalement, ça s'est arrangé tout seul. Je n'ai pas de problèmes de poids. J'ai perdu 30 kg. Je ne fais pas de régime.

Mais vous avez arrêté l'alcool.
Oui, mais ce n'est pas tellement l'arrêt de l'alcool qui me fait maigrir, c'est surtout les angoisses... Je ne bois plus, c'est vrai, la machine ne supporte plus les excès.

17 janvier 2009

L'homme qui en savait trop, très tôt, sur l'affaire MADOFF

Qui est Harry Markopolos ? Ce pourrait être le titre d'un film de Hitchcock, c'est plus prosaïquement la question que se posent aujourd'hui les plus grands spécialistes de la finance. Comment cet expert en produits dérivés a-t-il réussi, il y a un peu plus de trois ans, à percer le mystère du vaste système de fraude mis au point par Bernard Madoff ? Et pourquoi son avertissement, sous la forme d'un rapport de 19 pages remis à la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine le 7 novembre 2005, n'a-t-il été suivi d'aucun effet ?

Depuis la révélation de ce document aussi explosif que fascinant par le Wall Street Journal (daté 18 décembre 2008), chacun cherche à comprendre. Le titre même du rapport aurait dû suffire : "The World's Largest Hedge Fund is a Fraud". Impossible d'être plus explicite. La suite l'était tout autant. On y apprend d'emblée que M. Markopolos n'en est pas à sa première mise en garde : en mai 1999, il avait déjà averti les services de la SEC de Boston. Aucune suite. Alors il insiste, fournit des détails, démontre. Le fonds Madoff ? Rien moins, écrivait-il, que"le plus grand fonds spéculatif du monde, avec des actifs sous gestion compris entre au moins 20 milliards et peut-être 50 milliards de dollars".

Tout y est, de la liste nominative des rabatteurs de l'escroc au risque de débâcle potentiel lié à l'effondrement du "schéma de Ponzi le plus important du monde". C'est à Wall Street et en Europe que cette fraude fera le plus de dégâts, prévient-il, ajoutant que les principaux investisseurs de ce système sont des "banques privées françaises et suisses". Markopolos avait visiblement peur de ce qu'il avait découvert. "Je crains pour ma sécurité et celle de ma famille", indiquait-il à la SEC, la priant de respecter de strictes mesures de confidentialité. De fait, publiquement tout au moins, personne n'entendra parler de ce rapport jusqu'au 18 décembre 2008. Pour ce "Contrepoint", il nous a d'ailleurs été impossible d'obtenir le droit de publier la seule photo disponible sur Internet de M. Markopolos.

Alors bien sûr l'on dira qu'il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. On se souvient en particulier de ce qui est arrivé à l'économiste américain Nouriel Roubini qui, deux ans avant le déclenchement de la crise, avait fait, lors d'une conférence au Fonds monétaire international (FMI), le récit de cette catastrophe annoncée. Après son discours, sous les rires de la salle, le modérateur avait eu ce seul commentaire : "Peut-être qu'après cela, il nous faudra un petit remontant."

A la différence de Nouriel Roubini, M. Markopolos n'appartient pas à la catégorie des Cassandre. Sa méthode repose exclusivement sur la rigueur mathématique et une exceptionnelle obstination. Reste à comprendre pourquoi, dans un monde où pullulent les mathématiciens les plus astucieux, il fut le seul à découvrir le pot-aux-roses. Et, pourquoi, alors qu'il avait solennellement donné l'alerte, les gendarmes de Wall Street ont-ils scrupuleusement ignoré ce qui apparaît comme la plus grande escroquerie financière de tous les temps ? On en saura sans doute un peu plus dans quelques jours lorsque Harry Markopolos sera auditionné par une commission d'enquête du Congrès. Quant à l'enquête policière, elle sera à coup sûr l'un des feuilletons les plus explosifs de la première année du mandat de Barack Obama.

Source : Le Monde & François ;-)