Inspiré par Onegus
14 septembre 2008
Un Fast-Thinker contre JM BIGARD
Inspiré par Onegus
03 septembre 2008
C'est beau, un congrès Républicain aux USA...
Democracy Now! Producers Violently Arrested at RNC
Source: Get MIRO
30 août 2008
Richard Labévière contre "un journalisme aux ordres du lobby sioniste"
Le journaliste avait fait une première interview vidéo qui avait beaucoup circulé sur le web (bien que les grands médias n’en aient pas du tout parlé), et dans laquelle il dénonçait une "orwellisation" de la presse française.
Mardi 26 août, Labévière a donné sa première conférence de presse au sujet de son éviction. Pas à Paris, mais à Beyrouth, au Liban. En voici la transcription (partielle) :
Source: AgoraVox
23 août 2008
Richard Labévière dénonce l’orwellisation de la presse française
29 juillet 2008
Thierry Meyssan : « l'internet est déjà un champ de bataille au sens militaire du terme»
Publié par Jérôme Bouteiller le Mardi 29 Juillet
JB - Thierry Meyssan bonjour ! Médiatisé pour avoir remis en cause la version du gouvernement des Etats-Unis sur le déroulement des attentats du 11 septembre 2001, vous êtes également secrétaire général du Parti Radical de Gauche et président de l'Association le Réseau Voltaire qui milite, depuis 1994, pour la liberté d'expression. En quelques mots, comment définiriez vous votre action ? Quelle est votre ambition première ?
J'ai été responsable du Parti radical de gauche de 1994 à 2008. Mais j'ai désormais quitté la France et ne peux plus assumer cette fonction. Je reste très attaché à cette philosophie qui place de hautes exigences et accepte des compromis difficiles à la fois par réalisme et par discipline démocratique.
J'ai effectivement été trés médiatisé à la suite de mes travaux sur les attentats du 11 septembre et l'évolution politique des États-Unis. Si j'ai fait l'objet d'une campagne de dénigrement d'une rare violence dans les pays anglo-saxons et en France, j'ai bénéficié d'une forte reconnaissance notamment dans les pays méditerranéens et en Amérique latine. Je me suis trouvé soudain propulsé sur la scène internationale et j'ai depuis la chance d'être consulté par de nombreux leaders politiques dans le monde qui attachent de l'importance à mes analyses. Je suis toujours surpris de voir le décalage entre mon activité et le portrait peu flatteur que la presse française dresse de moi. Ne dit-on pas que nul n'est prophète en son pays ?
JB - Depuis trois ans, votre site VoltaireNet.org s'est mué en «agence de presse non alignée». Cette nouvelle formule a t'elle séduit les internautes ? Quelle est votre audience ? Comment financez vous votre activité ?
TM - Depuis mon travail lors de la guerre du Kosovo, je suis préoccupé par la domination de quelques agences de presse (AP, Reuters, AFP) qui imposent leur vision des événements à l'ensemble du monde. Cela m'a conduit à renouer avec le combat du Mouvement des non-alignés contre la dominance informationnelle qui avait secoué jadis l'UNESCO. Persuadés que les journalistes locaux savent mieux ce qui se passe chez eux que les agences de New York, Londres et Paris, nous avons constitué un réseau d'agences de presse, de journaux et de revues et nous avons commencé à syndiquer nos articles. Cette formule est un succès éclatant en Amérique latine, où notre réseau est devenu la première source d'information indépendante. Nous balbutions dans le monde arabe et cela reste à construire dans le reste du monde.
Nous n'envisageons pas l'internet comme un média à part. Nous essayons de nous appuyer aussi sur de nombreuses publications papier. Quant à moi, je publie des livres, j'écris des articles pour de grandes revues politiques en Russie, dans le monde arabe et en Amérique latine. Je participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision dans le monde et j'en présenterai bientôt moi-même. L'internet est cependant le média de loin le plus fluide et le moins onéreux.
Au début, notre activité était financée par mes droits d'auteur car mes ouvrages ont connu un succès mondial. Mais, après que mon éditeur ait organisé sa faillite en me volant les droits qu'il avait encaissé en mon nom, nous nous sommes trouvés dans de grandes difficultés. Actuellement, tous les frais techniques et certains frais de traduction sont financés par les dons des lecteurs. Même si ceux-ci sont généreux, notre marge de manœuvre est restreinte.
JB - Les pannes observées ces dernières semaines sur VoltaireNet.org étaient elles la conséquence de ce succès ou des réponses électroniques de la part d'opposants à l'action du Réseau Voltaire ? Selon vous, qui se cache derrière ces attaques ?
A cela se sont ajoutées diverses attaques que nous avons eu du mal à interpréter, jusqu'à conclure au sabotage interne. Il se trouve que nous venions de lancer un appel de dons à nos lecteurs. Plus de 1500 nous ont répondu, cela nous a permis de prendre le taureau par les cornes : nous avons changé d'hébergeur et d'équipe technique. Nous disposons désormais d'une machine dédiée ultra-moderne, d'une bande passante très large et d'une équipe technique capable d'intervenir 24 h sur 24. Nous basculerons les DNS dans les prochains jours et reprendrons progressivement le rythme de nos publications.
Nous avons par le passé fait l'objet de nombreuses attaques informatiques. Non seulement les traditionnelles attaques par requêtes multiples pour saturer le site, mais des choses plus sophistiquées, par exemple la pénétration dans les bases de données pour en changer le contenu. Sans parler des attaques physiques avec la destruction d'une de nos machines hébergée dans un centre de télécom pourtant protégé.
JB - Contrairement aux pratiques en vogue dans la blogosphère, votre site ne propose aucune interactivité avec ses lecteurs. Redoutez vous des excès de leur part ? Pourquoi ne pas miser sur une forme de «collaboration » avec les internautes ?
TM - C'est un grand regret pour nous tous. Nos tentatives de créer des forums nous ont vaccinés. Nous avons immédiatement été envahis par des agents provocateurs de toutes sortes qui faisaient déraper les discussions ou postaient des messages racistes ou extrémistes pour nous discréditer.
JB - Au delà des problèmes techniques et financiers, estimez vous qu'internet facilite la liberté d'expression d'associations telles que la vôtre ou craignez vous également le développement de la censure sur ce nouveau média, y compris en France ?
TM - Bien sûr qu'internet facilite l'exercice de la liberté d'expression. De ce point de vue, la généralisation d'internet est une révolution politique qui bouscule les institutions. Mais cette liberté est relative. Nous devons d'abord affronter nos propos limites intellectuelles. Dans les sociétés modernes, nous avons perdus la capacité de penser par nous-mêmes et avons adopté le comportement grégaire du consommateur de mass-média. Lorsque nous nous affranchissons de nos préjugés, nous devons faire face à toutes sortes de pressions. Et si la profession journalistique ne brille pas par son courage, il n'y a pas de raison que le reste de la société soit meilleur.
Historiquement, chaque média nouveau est un bol d'air frais. Mais avec le temps, il fait l'objet d'encadrements législatifs et réglementaires qui l'étouffe. Il en sera probablement de même pour l'internet lorsque l'on aura trouvé des moyens techniques pour le contrôler.
Au delà de la censure, qui est un phénomène national, l'internet est déjà un champ de bataille au sens militaire du terme. Les États-Unis ont détruit des milliers de sites pendant la guerre du Kosovo. Israël a fait de même pendant la guerre de 2006 contre le Liban —et à cette occasion une unité spécialisée de Tsahal a réussi à bloquer temporairement notre site pourtant hébergé à ce moment là sur le territoire français—. En vue du prochain conflit, l'US Air Force vient d'investir des sommes considérables pour acquérir des matériels lui permettant de détruire des dizaines de milliers de sites en quelques jours. Personne n'est à l'abri et ne comptez pas sur le gouvernement français pour vous défendre si votre site est attaqué par ces États.
JB - Thierry Meyssan, je vous remercie.
26 mai 2008
Musique, gratuité et exception française

La France a pris l’habitude de ne jamais faire rien comme les autres. Cela a porté ses fruits dans le cinéma avec la croissance d’une production abondamment arrosée par les investissements des chaînes de télévision, mais il en est tout autrement sur le marché de la musique. La chute des ventes de disques ne semble pas pouvoir être arrêtée de si tôt, et aujourd’hui si la courbe continue de s’infléchir, il faudrait prendre au sérieux l’éventualité d’une disparition du CD à moyen terme.
Cependant, cette exception française musicale se double d’une incongruité économique. En effet, le marché de la musique dématérialisée est encore très faiblement développé dans l’hexagone. La part de musique vendue via des canaux numériques, soit le web ou le téléphone mobile, demeure toujours à un niveau relativement bas comparée à d’autres pays comme l’Angleterre ou les Etats-Unis. Le plus important marché du monde a en effet réussi une bonne part de sa mutation vers le numérique et aujourd’hui les ventes de musique dématérialisée aux Etats-Unis représentent 29% du total des ventes de disques selon le cabinet d’étude NPD. Alors qu’en France le même indice dépasse péniblement les 7%.
Marchés comparables
Le retard pris par la France a de quoi étonner, car il existe de nombreuses similarités entre les Etats-Unis et la France. Ainsi, les deux pays bénéficient d’une très bonne pénétration de l’internet à haut débit. En France comme aux Etats-Unis, le nombre de foyers connectés à l’ADSL ou au câble dépasse les 50%. Le taux d’équipement en matériel informatique est aussi semblable avec un léger avantage de l’autre côté de l’atlantique. Enfin, la consommation de musique à l’âge du CD était bien supérieure en volume aux Etats-Unis, mais cela s’expliquait aussi par le fait que la population est cinq fois plus nombreuse. Et d’ailleurs en taille de marché ramené à un habitant, les Etats-Unis et la France sont également très ressemblant. En revanche, il n’en est pas de même avec l’Angleterre, dont l’appétit pour la musique a toujours été bien plus fort.
Autre point de comparaison, aux Etats-Unis les lois protégeant les droits d’auteur n’ont pas été sans cesse réévaluées. La très puissante RIAA (fédération des majors de la musique) a intenté nombre d’actions en justice à l’encontre des internautes qui mettaient à disposition de grosses quantité de musique sur les réseaux P2P, mais sans avoir eu besoin pour cela d’un arsenal juridique particulier. Alors qu’en France, les maisons de disques et leurs actionnaires demandent depuis longtemps que soient renforcées les textes de loi afin de "poursuivre plus efficacement les internautes". Un discours va-t-en guerre qui s’exprime depuis maintenant l’apparition du piratage informatique de la musique, et qui se répète encore avec les premiers balbutiement de la loi Olivennes (Voir aussi "Le projet de loi Olivennes" cède à la tentation liberticide). Avec des résultats médiocres voire insignifiants, puisque les différentes lois votées n’ont pu empêcher le marché du CD de s’effondrer.
Universalisme et business
Le point de rupture entre les Etats-Unis et la France concerne en fait la notion de gratuité. Aux Etats-Unis, il n’est pas admis que la musique soit un bien pour tous, qui appartienne à tous. Elle est une marchandise, et il n’y a pas d’exception. A l’inverse la France a conservé depuis longtemps cette idée héritée des universalistes selon laquelle, la musique est comme l’air qu’on respire ou l’eau que l’on boit.
La notion de copie privée est directement issue d’une conception pratiquement collectiviste de la musique. En juillet 1985, lorsque Jack Lang, alors tout jeune ministre de la culture du président Mitterrand, défend le texte sur la copie privée devant les parlementaires, il n’oublie pas de dire que l’échange est le véhicule de la culture. Le droit américain reconnaît pour sa part le "Fair use", une notion juridique très éloignée de la copie privée.
Et il est intéressant de noter que cette idée universaliste, profondément généreuse de la musique, exprimée dans les lois par le paradoxe d’un droit d’auteur inaliénable et de son exception pour copie privée, est aujourd’hui encore au coeur de la bataille.
Précisément, on pourrait argué maintenant, que la notion de copie privée, et son corollaire, l’échange gratuit des oeuvres, ont largement plombé le développement du marché de la musique dématérialisée. Mais ce serait se tromper. En effet, les maisons disques aussi ont agi en véritable "française". Le dernier exemple en date est bien sûr, l’association d’Universal Music avec la banque Société Générale. Or, toutes les opérations d’Universal Music en France, leurs mécaniques secrètes, sont largement inspirées des vues de Jean-Marie Messier, le créateur du géant Vivendi-Universal ; cette alliance d’une vieille société de l’énergie, et d’une maison anglo-saxone de musique et de cinéma créé à grand coup de milliards par une famille qui avait fortune dans les alcools, était bien née sous le signe des liquides ! Et justement, Jean-Marie Messier a toujours répété que selon lui, la musique ne devait pas être considérée comme très différente de l’eau, et que donc sa place était dans les tuyaux ! La musique pareil à l’eau qu’on boit, et l’air qu’on respire, voilà bien une notion que n’aurait pas renié un esprit libre du XIXème siècle.
Comme l’eau qu’on boit, l’air qu’on respire
Ainsi, Universal Music et son patron Pascal Nègre poursuivent-ils sur le marché de la musique dématérialisée une oeuvre bien française. Avec comme revers de la médaille, l’idée de plus en plus répandue que la musique n’est pas seulement gratuite, comme le disent à tort les évangélistes du P2P, mais qu’elle est un dû. Universal Music avait déjà montré la voie en passant un accord avec l’opérateur Neuf Télécom, dont le principe déjà était de rendre le poids de la musique si léger que le client ne le remarquerait même pas.
Autre inspiration surprenante des marchands de musique sur le territoire national : l’importance prise par la téléphonie mobile. En effet, le téléphone a depuis longtemps été présenté comme l’ultime magasin de musique dématérialisé. Or, les premiers résultats sont plus que mauvais. Le téléphone mobile étant équipé d’un écran trop petit pour accueillir une interface vraiment satisfaisante et pis, une fois la musique téléchargée, il n’est pas possible d’en faire quoi que ce soit. Au point que SFR avait proposé un temps un service de téléchargement permettant d’avoir aussi le morceau acheté sur son ordinateur. Récemment, Apple a lancé un iTunes Store sur son téléphone mobile, l’iPhone. Là encore, iTunes est bien au-dessus de ses concurrents et pourtant, il ne semble pas que les amateurs aient massivement basculé de l’ordinateur à l’iPhone pour acheter de la musique.
Malgré ces premières impressions très mitigées, les opérateurs français, notamment SFR, filiale de Vivendi, ont largement communiqué sur ces services de téléchargements de musique. Là encore, il a fallu faire appel à la gratuité. D’ailleurs, chaque abonné de SFR peut télécharger gratuitement des morceaux depuis son téléphone. La musique passe alors par les airs pour atterrir dans le mobile du client SFR, comme l’air qu’on respire.
Le marché américain ne s’est pas du tout structuré de la même façon. Très tôt, le principal acteur du marché naissant de le musique légale sur le Net, la firme Apple a mis en avant un prix pour la musique. Il avait été fixé à 99 cents, comme pour marquer les esprits justement. Au grand dam des maisons de disques, qui quelques années plus tard, ont tout fait pour le changer en appelant à plus de plasticité. Pourtant, cette politique commerciale intangible a produit ses effets. Et aujourd’hui iTunes est le premier magasin de musique aux US devant tous les autres, mêmes ceux qui ont pignon sur rue. Pour tout dire, la musique a encore de la valeur de l’autre côté des Etats-Unis.
Emmanuel Torregano pour Electron Libre
28 mars 2008
Quand un journaliste parle du journal Marianne
Coup de boule | vendredi, 28 mars 2008 | par Jean-Baptiste Thoret
Je ne sais pas grand chose de l’hebdomadaire Marianne, sinon qu’il a été fondé par le rebelle Jean-François Kahn, que ses deux têtes (Safran/Neuman) sont atteints d’un sarko strabisme amusant (Neuman surtout), qu’ils éprouvent régulièrement dans l’émission N’ayons pas peur des mots sur iTV. Enfin, que parmi l’un des faits d’armes récents du magazine, je me souviens d’un dossier fameux expliquant, sans rire, combien Nicolas Sarkozy (son fonds de commerce absolu : neuf couvertures sur les quinze dernières), était fou. Soit le genre de publication que l’on tient à priori entre le pouce et l’index, loin du nez et des yeux.
Comme tout citadin, je découvre chaque semaine la couverture tract de Marianne sur les espaces publicitaires des kiosquiers. Les numéros se succèdent, le ton ne change pas d’un iota : c’est la preuve d’une formidable cohérence rédactionnelle et graphique, me direz-vous.
Et vous aurez raison : un petit dessin mal foutu et rarement drôle (Sarkozy la plupart du temps), une titraille inspirée de tabloïds et une rhétorique bien rôdée, entre « Il » (le Mal, Sarkozy, tel que le magazine le délire partout) et « Ils » (le monde tel qu’il n’existe pas). Exemples : « Hier, ils se couchaient… Aujourd’hui, ils le lynchent » (n°564), « Ils ont beau le nier… » (n° 568), « Il met en danger la laïcité », « Le Président impuissant », « Piégé, blâmé, lâché » (n°570), « La France le quitte » (n°569), etc…
Si j’en juge à ses couvertures, Marianne me fait penser à une sorte de Minute bas de plafond et rigolard, qui a substitué à la peur du communiste la haine du sarkozyste : mêmes ressorts populistes (le préjugé, la démagogie, le bon sens…), mêmes délires complotistes (on vous ment), même vision du monde franchouillarde, avec patrons arnaqueurs, politiques pourris (ou « cocus »), haine des élites et de l’Autre sous toutes ses formes. Le TF1 de la presse contestataire.
Au fond, Marianne, c’est le journal de ces petits esprits, le rôt hebdomadaire d’une France un peu honteuse, toujours prête à lyncher celui qu’elle a pris pour cible : aujourd’hui, la tête de Sarkozy, ambiance Foire du Trône featuring Le Corbeau. Hier l’Europe, demain votre voisin. Le porte-voix de la meute et des sans grades qui, sur fond de ressentiment, râlent et râlent encore, contre ce monde qu’ils rendent responsables de n’être que ce qu’ils sont.
Notre part sombre, en somme.
18 novembre 2007
Jean-Louis Murat : "La crise du disque est un leurre"
V2, maison de disques indépendante à laquelle vous apparteniez, ferme ses portes fin novembre après son rachat par Universal Music. Qu'en pensez-vous ?
Les gros mangent les petits, c'est le capitalisme. Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, applique la politique des dirigeants et actionnaires de Vivendi, qui espèrent qu'à la sortie de la crise du disque, ils auront absorbé les meilleurs afin d'alimenter en musique SFR, Canal+...
A chaque rachat ou fermeture d'une maison de disques, des gens brillants sont broyés. Et les internautes crient hourra ! J'affirme que la crise du disque est un leurre, elle n'existe pas : l'offre est intacte, la demande croissante. Mais, chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé. Imaginez la réaction de Renault face à des délinquants qui forceraient la porte quotidiennement pour dérober les voitures !
Des gamins stockent 10 000 chansons sur l'ordinateur familial, après les avoir piquées sur le Net. La société, des députés, des sénateurs trouvent cela vertueux ! Or, c'est un problème moral : tu ne voleras point, apprend-on à nos enfants. En outre, ces rapines via le Net s'effectuent dans l'anonymat. L'écrivain américain Brett Easton Ellis a dit : "Depuis la nuit des temps, l'Antéchrist cherche un moyen de prendre le pouvoir sur les consciences de l'homme, enfin il y est arrivé avec Internet." Le Web rend les gens hypocrites, il incite à prendre des pseudonymes. C'est un monde de délation, intoxiqué de spams et de pubs.
Pourquoi les musiciens et chanteurs ne prennent-ils pas plus fermement position comme vous le faites ?
Chez les artistes, règne l'omerta. Dès qu'ils dénoncent les pratiques de voyou sur Internet, ils sont attaqués par des petits groupes d'internautes ; ceux-ci s'y mettent à une dizaine, se font un plaisir de mettre la totalité de la discographie de l'impétrant à disposition gratuitement, partout, dernier album compris. Ils sont sans visage. Les Arctic Monkeys, en Grande-Bretagne, ont eu recours à des shérifs du Net après s'être fait connaître sur le Web, et les internautes britanniques sont en train de leur faire la peau, au nom de la liberté. Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ?
Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela...
Vous avez été pourtant l'un des premiers artistes français à ouvrir un site Internet en 1998 et à y proposer des chansons, des échanges, des liens, des images. N'est-ce pas contradictoire ?
Baudelaire appelait le progrès le paganisme des imbéciles. Tous les acteurs de la musique sont tombés dans le fantasme de la modernité à ce moment-là. Les patrons de maison de disques ne juraient que par le Net sans pour autant comprendre de quoi il s'agissait. Au début, je mettais environ une chanson inédite par semaine à disposition sur mon site, gratuitement. Puis j'ai arrêté. Ces titres étaient téléchargés sans un merci, sans un bonjour, et éventuellement revendus sous forme de compilations payantes dans des conventions de disques. J'ai fait partie des imbéciles qui ont cru aux mirages de l'Internet, et de ce fait à la bonté naturelle de l'homme, à l'échange communautaire. L'homme a travaillé le fer pas seulement pour les charrues, mais aussi pour les épées, idem avec les atomes et le Net.
La gratuité sur Internet est-elle la seule cause de l'effondrement des ventes de disques ? Le déficit d'image d'une industrie habituée au court terme y est-elle pour quelque chose ?
Evidemment, 90 % de notre métier est fait par des gens formidables, des musiciens, des tourneurs, des ingénieurs du son, des attachés de presse, des artistes, des passionnés ! Mais l'image qui est passée dans le public est celle de ses patrons, arrivés là à cause de l'argent facile, de l'épate, du look. Le triomphe du petit bourgeois snobinard et de la fanfaronnade ! Nicolas Sarkozy ressemble tout à fait à un patron de maison de disques.
J'ai toujours été sidéré de voir comment l'industrie musicale attirait les médiocres à sa tête. Des médiocres qui dirigent des sociétés de taille modeste, sur le plan de l'économie mondiale, mais dont les émoluments s'alignent sur ceux des groupes multinationaux et consomment 80 % de la masse salariale dans les petites structures. Et les parachutes dorés ! Quand on licencie une centaine de salariés dans une maison de disques, comme chez EMI France par exemple, c'est en grande partie pour payer les indemnités du patron, c'est scandaleux.
La gratuité n'est-elle pas le meilleur moyen de démocratiser la culture ?
C'est une blague ! Cela nous tue. La démocratisation, c'est à l'école maternelle qu'elle doit être ancrée. Une fois les bases et l'envie acquises, chacun peut faire son choix. Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d'une minorité, d'une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique. Mais la démocratisation, pour moi c'est le concours de l'Eurovision : chaque pays envoie son artiste fétiche. Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c'est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page - j'y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom.
Qu'est-ce qu'un artiste raté ?
C'est celui ou celle qui fait la moitié du chemin, sans rien sacrifier. Le monde est plein d'artistes qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir. Ils sont d'une arrogance, ils veulent tout arracher ! Alors qu'être artiste, c'est un engagement total, où tous les risques sont pris. C'est une décision à laquelle on se tient. Quitte à dormir dehors, à vivre autrement. Tout le monde a en soi des capacités créatives, cela n'en fait pas un artiste pour autant. Etre artiste, c'est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer. Etre artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail.
Vous vivez et travaillez dans le Puy-de-Dôme, dans une ancienne ferme des environs de Clermont-Ferrand. Qu'y trouvez-vous ?
J'y ai mon studio d'enregistrement, et des conditions de travail idéales. Je vois très peu de gens... le facteur... Là-haut, la vie est frugale, on finit tout, on n'achète presque rien. Le pain dur est gardé pour la soupe du soir. Dans la nature, l'oubli de soi est plus facile, on va le matin aux champignons, on s'assied pour casser la croûte, on a ramassé un kilo de cèpes, voilà. On refait une clôture, on est dans le présent. Or, être dans le présent est la condition de la paix intérieure. Moi, j'aime aussi les activités qui ne laissent pas de place à la réflexion. Jouer des instruments, faire des prises de son. S'aménager une vie de travail. Car, à part aimer, travailler est la chose la plus belle à faire dans la vie.
Baudelaire parlait beaucoup de l'obligation de productivité du poète. En trois ans, Rimbaud a écrit l'équivalent de quinze disques ! Le mot qui revient le plus souvent dans sa correspondance avec sa mère et sa soeur, c'est "paysan". Il voulait l'être, il avait tous les catalogues de Manufrance, et mettait de l'argent à gauche pour cela.
Vous venez de publier Charles et Léo, des poèmes extraits des Fleurs du Mal, paru il y a cent cinquante ans, sur des ébauches musicales de Léo Ferré. Est-ce toujours d'actualité ?
Tout le monde se moque de la poésie, non ? Moi, je l'ai toujours aimée. Nous avons développé des personnalités a-poétiques. Un penchant poétique, c'est un penchant pour une langue, une métrique, des rimes riches. Là, en ce moment, on nous regarde de travers, parce que la poésie est la langue de la patience. Et dès que l'on pense poésie, le chaos insupportable dans lequel nous sommes plongés nous saute à la figure. Au XIXe siècle, quand Baudelaire écrit, se met en place un monde du progrès collectif, global, pas individuel. Il en ressort un profond sentiment d'étrangeté, d'ennui, car l'individu un peu marginal qu'il est, un beau rentier qui s'ennuie, ne trouve plus sa place.
Un chanteur est-il aussi un poète ?
La chanson est née avant l'écriture. C'est une survivance de la culture classique. Dans le rock, la confusion entre poésie et romantisme a été poussée au maximum - il y a aussi beaucoup cette image : le poète est romantique, qui est fausse. Le monde bourgeois du XIXe siècle a défini le poète comme un excentrique, un romantique, un mec qui se défonce.
Dans le rock, l'imagerie romantique nous colle aux basques. Soit dit en passant, Pete Doherty aujourd'hui ne se défonce pas plus que Baudelaire hier, au vin, à l'opium, à l'absinthe... En comparant des gravures de Victor Hugo, Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, avec des posters des rockers des années 1970, c'est frappant. Regardez le chanteur Jeff Buckley avant sa mort en 1997, ou Cliff Richard en 1972 : le look négligé calculé, être entre l'animal et l'ange.
Rimbaud et Baudelaire disaient que la poésie ne servait à rien. Alors, il faut avoir assez de force de caractère pour faire les choses tout en sachant qu'elles ne servent à rien. Il faut une vertu supérieure pour tenir contre l'"à quoi bon ?". Il faut faire, faire. C'est essentiel.
Propos recueillis par Véronique Mortaigne
16 novembre 2007
Yahoo! paye le prix de ses liens avec la cyberpolice chinoise
Cette affaire empoisonne la réputation de Yahoo depuis plus de deux ans. Shi Tao, un journaliste chinois, a été condamné à dix ans de prison en avril 2005 pour "diffusion de secrets d'Etat", pour avoir transmis à l'étranger les consignes officielles aux médias chinois à l'occasion du quinzième anniversaire du massacre de Tiananmen en 1989. Au cours de son procès, on a appris que la police chinoise avait pu remonter jusqu'à lui grâce aux informations communiquées par Yahoo sur le compte e-mail de Shi Tao, pourtant enregistré auprès de Yahoo à Hongkong et pas en Chine continentale.
Mis en cause par les organisations de défense des droits de l'homme, Yahoo avait eu une défense maladroite, soulignant qu'il était obligé de coopérer avec la justice dans tous les pays où il opérait, généralement sur des affaires de pédophilie, de blanchiment d'argent, ou de trafic de drogue. Et qu'il ignorait le contexte de la requête de la justice chinoise. Jerry Yang, le fondateur de Yahoo (né Taiwan), avait visiblement sous-estimé l'émoi que cette affaire allait susciter, notamment dans la blogosphère américaine.
L'affaire devait finalement aboutir à une audition au Congrès, au cours de laquelle des responsables de Yahoo ont été sommés de s'expliquer sur cette "collaboration" avec la machine répressive chinoise. En présence de la mère du journaliste emprisonné, les dirigeants de Yahoo ont parlé de "malentendu". Mais ils se sont attiré une réplique cinglante du sénateur démocrate Tom Lantos: "alors que vous êtes des géants de la technologie et de la finance, moralement vous êtes des Pygmées"...
Circonstance aggravante, des révélations ultérieures ont montré que les dirigeants de Yahoo ont menti au Congrès. selon un document rendu public par le site chinois-américain Boxun.com, et relayé par la fondation américaine Dui Hua qui se consacre à la défense des prisonniers politiques chinois, Yahoo a répondu à l'injonction de la sécurité d'Etat chinoise qui faisait clairement référence à la nature politique de l'enquête en cours. La requête du Bureau de la sécurité d'Etat de Pékin à Yahoo évoquait spécifiquement "la transmission illégale de secrets d'Etat à des entités étrangères".
La fondation Dui Hua rappelle que lors d'une audition sous serment, le vice-président senior de Yahoo, Michael Callahan, avait affirmé: "Lorsque Yahoo Chine, à Pékin, a reçu une demande d'information sur un utilisateur dont nous avons appris par la suite qu'il s'agissait de Shi Tao, nous n'avions aucune information sur la nature de l'enquête".
Epilogue cette semaine, avec l'accord à l'amiable conclu entre les avocats de Yahoo et les familles de Shi Tao et du dissident Wang Xiaoning , condamné en 2003 dans des circonstances assez similaires. Les deux familles avaient porté plainte contre Yahoo en Californie. Les détails financiers de la transaction n'ont pas été révélés.
Affaire classée? Pas si sûr: outre le fait que les deux hommes restent en prison, Yahoo n'a pas indiqué comment il se comporterait en cas de requête du même ordre. Yahoo est fortement présent en Chine, avec un investissement d'un milliard de dollars dans le géant chinois Alibaba.com (qui a récement fait une entrée en bourse fracassante), et entend bien profiter du fabuleux marché chinois...
Plus généralement, c'est le rôle des grandes sociétés étrangères, fournisseurs de contenu ou de technologie, dans leurs rapports avec le gouvernement chinois qui est en cause. L'épilogue de l'affaire Yahoo/Shi Tao a au moins le mérite de leur montrer qu'il y a un prix à payer à collaborer avec une machine représsive.
14 septembre 2007
Jacques Martin : au-delà de l'état critique...
Par Christian Palud le vendredi 14 septembre 2007
Depuis ce matin les témoignages qui rendent hommage à Jacques Martin insistent sur la culture encyclopédique du personnage. Cette érudition permettait au bateleur de toujours retomber sur ses pieds, ou de rebondir le cas échéant, toujours plus vite, une vanne chassant l’autre.
A la fin des années soixante Jean Yanne animait les matinées dominicales de Radio Luxembourg et se livrait à des pastiches des oraisons de Bossuet, « Madame se meurt, madame est morte !... ». Aujourd’hui plus personne ne sait qui était Bossuet, encore moins qui était Henriette d’Angleterre. Hier sur Europe, la dernière recrue de Ruquier, Eve Angeli, a découvert le nom de Sacha Guitry ! A 28 ans jamais elle n’avait entendu citer ce patronyme !
Donc, un jour des années soixante, Jacques Martin apprit qu’il était banni du casino de Dinard car il avait ironisé la veille, au cours d’un spectacle, sur le général de Gaulle. Le maire de la ville, Yvon Bourges, ne pouvait tolérer l’offense faite au Grand Charles ! Et Yanne le lendemain de prononcer l’oraison funèbre (Massacrante) du maussade « Bourgyvon », cet « animal étrange » !
Quelle métaphore des temps nouveaux que la vaudevillesque péripétie conjugale voyant un jour Cécilia Ciganer, égérie majuscule (!), quitter l’un des agitateurs les plus cultivés du monde du spectacle pour jeter son dévolu sur le futur président… Le moins lettré de la cinquième république ! Celui qui aura assuré la fusion gagnante des affaires, du showbiz et de la politique.
Aujourd’hui les « meneurs » de la télé sont moins « cultivés » mais savent beaucoup mieux compter. Yanne n’aurait pas laissé grand chose derrière lui, paraît-il. Désormais la comptabilité n’est pas dédaignée par les nouveaux saltimbanques. Il savent se passer des géomètres. Arthur a été à bonne école, son père est un théoricien du plan comptable. L’école de commerce (Cauet) et l’institut de gestion (Ruquier) donnent une formation plus… Concrète que des humanités (datées) apprises (A la trique !) au collège des dominicains à Oullins, où fût interné le jeune Jacques Martin…
Ainsi vont les choses, un pragmatique avocat d’affaires est président, Sardou son ami clame chez Fogiel (Deug de sciences économiques) qu’il « emmerde les perdants », et puis voilà. Bossuet, Guitry, mais c’est qui ces bouffons ?...