18 mai 2008

Le fondateur d'Auchan traque les risques des OGM

Le fondateur et ancien patron d'Auchan s'invite dans le débat sur les OGM en lançant une étude scientifique sur leur impact. En exclusivité pour l'Expansion, il explique sa position.


Quelle est votre position à propos des OGM ?

Gérard Mulliez. Dans l’état actuel des connaissances, il faut les interdire. Il est évident que le principe de précaution doit s’appliquer. La situation est grave, je suis abasourdi par le manque de réflexion. On doit attendre d’être sûr de leur non-toxicité pour l’homme avant de diffuser ce type de produit auprès du plus grand nombre.

Doit-on vous ranger parmi les « anti » ?

Je ne suis pas contre par principe, mais je suis contre des décisions d'autorisation qui me semblent hâtives, étant donné le peu d’informations dont on dispose concernant l’impact des organismes génétiquement modifiés sur la santé humaine. Il ne faut pas que l’on se retrouve dans vingt ans avec des OGM partout, sans l’avoir voulu mais par le simple fait que le pollen se dissémine, et réaliser à ce moment là que ce n’est pas bon pour la santé. Je crois qu’il est temps que les ministres actuels se remémorent le scandale du sang contaminé. On est peut-être en train de recommencer la même chose. Le fait de dire que des Américains en mangent depuis dix ans n’est pas une preuve de non nocivité. Personne ne peut expliquer complètement le pourquoi des problèmes de santé spécifiques aux Etats-Unis, dont certains sont peut-être d’ailleurs en train de se développer sournoisement.

Que préconisez-vous ?

Des recherches indépendantes et transparentes. Les études publiées jusqu’ici n’ont pas été développés suffisamment longtemps, et elles sont partiellement diffusées et souvent financées, si ce n’est réalisées, par les industriels et les distributeurs d’OGM. Leur puissance de lobbying est énorme. Ils ont plus de gens à Bruxelles que n’importe qui d’autre. C’est pourquoi à travers, Consommateurs et entreprises responsables (Ceres), une association créée il y a un an et dont je suis le président d’honneur, nous allons financer de façon indépendante une étude de ce type. Nous en publierons les résultats, qu’ils soient positifs ou négatifs. Nous avons déjà récolté 200 000 euros auprès d’entreprises et de particuliers. Le protocole des études toxicologiques est défini et prêt à être mis en œuvre. On va bientôt démarrer.

Vous semblez très remonté contre les fabricants d’OGM…

Je refuse qu’une poignée de multinationales s’arroge le droit potentiel de décider du niveau de prix de l’alimentation mondiale, ce qui peut avoir comme conséquence d'affamer le monde. Il est tout à fait insupportable que les agriculteurs ne puissent pas conserver un stock de graines d’une année sur l’autre comme ils l’ont toujours fait, mais doivent acheter chaque année leurs semences aux distributeurs d’OGM. Pour le cultivateur d’un pays pauvre qui n’a pas le sou, c’est un réel problème de survie. Le doublement du prix du pétrole et du gaz en quelques années devrait nous faire réfléchir aux conséquences possibles d’une raréfaction du blé, du maïs, du soja et du riz.

Pourquoi avez-vous accepté d’être président d’honneur de cette association ?


Mon nom peut faire caisse de résonance. Car c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui : informer le plus grand nombre de gens. Il faut alerter l’opinion publique, c’est le seul moyen pour faire changer les choses. Vous savez, j’ai passé 47 ans de ma vie à développer des hypermarchés pour vendre de moins en moins chers, de plus en plus de produits différents au plus grand nombre. Je veux pouvoir continuer à le faire sans risquer de menacer la santé de mes concitoyens. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai tenu à ce que les produits Auchan et Pouce soient exempts d’OGM.

Source : L'Expansion

14 mai 2008

Enquête : le VRAI coût des SMS !

Au premier trimestre 2008, chaque français a envoyé en moyenne 43 textos par mois. C'est six de plus qu'au trimestre précédent, où la moyenne était déjà supérieure de six messages au trimestre d'avant. En un an, le nombre de SMS envoyés a grimpé de près de 40 %. Mais combien les textos rapportent-ils vraiment aux opérateurs ? Numerama a enquêté.

Accrochez-vous.

En cette période de crise nationale du pouvoir d'achat s'ouvre celle de la chasse aux prix. Il faut tirer sur tout ce qui bouge. Prix des tomates au supermarché, coût du loyer, prix du sans plomb à la pompe... tout est trop cher. Mais il est un poste de dépense qui a véritablement explosé dans les foyers ces dix dernières années sans en avoir l'air : les télécommunications. Non seulement chaque famille doit avoir un abonnement à Internet et un abonnement au téléphone fixe (sauf à être en dégroupage total), mais en plus il faut désormais payer des forfaits de téléphonie mobile pour papa, maman, la grande soeur et le petit frère. Fini, le bon vieux téléphone familial de chez France Télécom. Et peu, pourtant, semblent s'interroger sur le prix des télécommunications, et en particulier sur le prix des SMS.

Nous avons donc pris notre plus jolie calculatrice et notre crayon à papier H2 taillé fin pour comprendre quel était vraiment le prix d'un SMS, entre celui qui est facturé à l'usager et celui qui est payé par l'opérateur pour le relayer. Selon nos calculs, les opérateurs réalisent une marge astronomique de plusieurs milliers de pourcents sur chaque SMS envoyé !

Tout d'abord, il faut comprendre ce que pèse un SMS dans l'infrastructure d'un opérateur. Chaque SMS envoyé est composé d'un maximum de 160 caractères, ce qui peut prendre jusqu'à 140 octets par message. Il faut ensuite y ajouter 27 octets d'informations d'entête du message (numéro du service, numéro de l'expéditeur, type de protocole, format d'encodage, date du SMS, etc.). Soit 167 octets au maximum, pour les messages les plus gros. Total qu'il nous faut multiplier par deux, puisqu'il faut envoyer puis recevoir le message : 334 octets. Arrondissons généreusement à 400 octets par message, puisqu'il y a probablement des frames supplémentaires spécifiques pour la communication.

Un méga-octets de bande passante (1.048.576 octets) peut donc véhiculer au minimum 2621 messages de 160 caractères. En France, le prix de base d'un SMS est facturé par les opérateurs environ 10 centimes d'euros (Orange et Bouygues Télécom proposent un forfait de 30 SMS pour 3 euros par mois, et SFR propose 30 SMS à 2,5 euros par mois). Soit environ 262 euros le méga-octets. A titre de comparaison, la NASA estime que la communication entre la Terre et le télescope spatial Hubble lui coûte environ 11 euros le méga-octets... soit 23 fois moins cher.

Mais allons plus loin. Selon les données fournies par l'Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP), les Français auraient envoyé au premier trimestre de cette année 6,7 milliards de SMS. Soit une moyenne de 2,23 milliards de textos par mois traités par les trois opérateurs mobiles, ou 833 messages par seconde. Ce qui représente collectivement 851 694 Mo par mois au maximum (rappelons qu'on se base sur l'hypothèse de messages qui font tous 160 caractères), soit un besoin moyen en bande passante de 2603 kilo-bits par seconde, soit 325 ko/s.

A un prix moyen de 10 centimes le SMS, les trois opérateurs télécoms ont gagné environ 223 millions d'euros de chiffre d'affaires par mois grâce aux textos. Mais combien l'envoie de ces messages leur coûte-t-il ?

C'est évidemment un secret jalousement gardé. Mais on peut se faire une idée de leur marge opérationnelle... en comparant ce qui est comparable. Combien est-ce que coûterait pour un particulier une bande passante mensuelle et bidirectionnelle de 325 ko/s par satellite, nécessaire au traitement de 2,23 milliards de SMS ? Pour se faire une idée, il faut aller voir les offres des FAI par satellite. L'un d'eux, Nordnet, propose une formule de connexion par satellite à 2 Mbps, à débit constant tant que l'on ne dépasse pas 1500 Mo dans le mois. Sachant qu'il nous faut 851.694 Mo par mois, il faudrait louer 567 connexions à 69,90 euros par mois pour traiter le même nombre de SMS que les opérateurs télécoms.

Ce qui fait une note de moins de 40.000 euros par mois, contre plus de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires engrangés par les opérateurs.

Ce qui ramène le coût du SMS à.... 0,000017 euros l'unité... 5882 fois moins cher.

Forcément, on comprend mieux pourquoi l'arrivée de Free comme quatrième opérateur qui peut bousculer la concurrence fait peur aux trois autres... Ce qu'on ne comprend pas en revanche, c'est pourquoi le gouvernement qui prétend lutter pour le pouvoir d'achat vient de repousser le dossier à 2009.

Publié sur Numerama