07 mars 2008

PCB : les voyants passent au rouge.

WWF et l’Association Santé-Environnement Provence (ASEP), constituée de 300 médecins de la région ont lancé mardi leur propre étude d’imprégnation sur l’impact de la pollution aux PCB (polychlorobiphényles, ou pyralènes) dans le Rhône.

C’est la première étude en France sur les effets des PCB sur l’être humain.

Les PCB, huiles chimiques utilisées notamment dans les transformateurs électriques, ont été interdits en France en 1987 et reconnus cancérigènes. Ils font partie des POPs, polluants organiques persistants, douze substances chimiques hautement dangereuses répertoriées par l’ONU, autrement nommés les douze salopards.

Cet été les arrêtés d’interdiction de consommation des poissons se sont multipliés tout le long du fleuve. Dans la Seine, l’anguille est interdite à la consommation depuis janvier.

PCB
Carte de contamination des sédiments, source BD Carthage, agence de l’eau
données BDNE 2000-2005


“Le plan de lutte gouvernemental contre les PCB présenté en février prévoie une série d’études d’imprégnations menées par le Ministère de la santé. Mais le gouvernement estime qu’on n’aura pas de résultats significatifs avant trois ans”
, explique Guillaume Llorca, chargé d’investigation à WWF. “Le préfet des Bouches du Rhône lui-même a déclaré qu’on pouvait mener une étude plus rapidement. Comme les pouvoirs publics ne le font pas, nous avons décidé de nous en occuper nous-même.”

Un échantillon de 60 volontaires s’est prêté au test, divisés en trois groupes. Des riverains qui consomment du poisson d’eau douce, des riverains qui n’en consomment pas, et des gens qui ne vivent pas dans la région. “A l’annonce de notre étude, Nathalie Kosciusco Morizet a déclaré que ça n’était pas représentative de l’ensemble de la population française. C’est faux. Il y a un groupe contrôle. Je suis parisien et j’ai moi-même participé à l’étude”, souligne Cyril Deshayes, responsable des campagnes eaux douces à WWF.

Les résultats seront rendus publics dans un mois environ. Le docteur Souvet, médecin membre de l’ASEP, souligne que cette étude n’est qu’une première étape. “Il faudrait mener une enquête épidémiologique, avec un suivi des populations exposées sur plusieurs années. Mais si nous trouvons des résultats positifs, on espère inciter les autorités à aller plus vite”. Médecin dans la région, il se dit confronté de plus en plus aux interrogations des patients qui vivent au bord du Rhône.

Des tests dès 1985

Les premiers prélèvements dans le Rhône datent de 1985. En 1986, l’Institut de la recherche agronomique (Inra), rédige un rapport d’alerte, rendu public en 1990 qui souligne une forte contamination.

Il démontre notamment la responsabilité de l’usine Tredi de Saint-Vulbas (01), une des trois en France à pouvoir retraiter les 545 610 appareils contaminés aux PCB recensés par l’ADEME. Au moment de l’étude, on relève des taux de contaminations des poissons jusqu’à 100 fois supérieurs à la norme, aux abords du site.

Après l’interdiction des PCB en 1987, l’usine a été autorisée à rejeter 1,5 kilo de PCB par jour dans le fleuve jusqu’en 1992, puis 500 grammes après 1992, sur arrêté préfectoral. L’entreprise affirme ne plus rien rejeter aujourd’hui dans le Rhône.

Selon Juliette Aubert, responsable de la communication de Tredi, l’entreprise sert de bouc émissaire, alors qu’elle a éliminé 150 000 tonnes de PCB depuis sa création en 1975 et rejeté, affirme-t-elle, pas plus de 250 à 300 kilos de PBC dans le Rhône. “Les PCB sont partout. 120 millions de tonnes ont été produites dans le monde et il en reste 400 millions dans la nature. Il y en a dans les stations d’épuration, les sols, la ville de Lyon en rejette 6 kilos par ans par exemple”. Aujourd’hui la source de pollution la plus importante aux PCB est la vandalisation des transformateurs, pour y récupérer le cuivre. Des dizaines de kilos de PCB se déversent à chaque fois dans la nature.

Premier arrêté préfectoral en 2005

Le premier arrêté préfectoral interdisant la consommation des poissons du Rhône ne tombe qu’en 2005 lorsqu’un pêcheur a pris l’initiative de faire analyser ses poissons et découvre un taux de contamination 40 fois supérieur à la norme.

Depuis cet été, les arrêtés préfectoraux pleuvent et la consommation des poissons d’eau douce est désormais interdite tout le long du fleuve.

Le MEDAD (ministère de l’environnement) a présenté en février son plan de lutte contre les PCB, doté de 8,5 millions d’euros. L’étude indépendante menée par WWF et l’Asep arrive à point pour mettre la pression sur les pouvoirs publics après tant d’années de négligence.

Les messages des pouvoirs publics sont incohérents. D’un côté on fait jouer le principe de précaution en promulgant des interdictions de consommation et des recommandations, ce qui laisse entendre que la situation est préoccupante, de l’autre, on nous dit qu’il faut trois ans pour mener une étude d’imprégnation sur la population”, souligne Cyril Deshayes de WWF.

Autre point de désaccord, le plan d’indemnisation des pécheurs professionnels qui prévoie des exonérations de charges. Selon Cyril Deshayes, les pêcheurs, privés d’activité pour certains depuis 2005 devraient pouvoir toucher des indemnités selon le principe pollueur-payeur car il s’agit d’un cas de pollution industrielle avérée. “Mais ils ne sont que dix alors tout le monde s’en fout.”

Pour aller plus loin:

le dossier de FNE, avec le plan du gouvernement, les cartes de contamination et les revendications de l’association
La campagne de WWF

Source : GEO

1 commentaire:

Ginie a dit…

A voir dans l'émission Envoyé spécial jeudi 22 mai, le reportage intitulé "Comme un poisson dans l'eau" abordant le sujet du scandale des PCB !

...Depuis l'été 2007, les poissons du Rhône sont interdits à la consommation à cause de leur teneur en PCB, une substance toxique plus connue sous le nom de pyralène.

Retirés de la vente il y a plus de vingt ans, les polyphlorobiphényls empoisonnent encore l'environnement. En effet, ils ne sont pas biodégradables...